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Pourquoi y a t-il si peu de femmes dans la tech (et qu'est ce qu'on peut y faire ?)

jeudi 9 janvier 2025

Comment se fait-il qu'en 2025 il soit encore si difficile de trouver des femmes dans la tech ? Pourtant, pour celles qui y arrivent, moins de temps partiels, plus de statuts cadres... mais 50% quittent la tech après 35 ans. Dans quelle malédiction la tech s'est-elle donc embarquée ? Ou comme le formule beaucoup mieux chatGPT : "une réalité persistante interpelle : les femmes sont largement sous-représentées dans la tech. Alors que le potentiel de l'informatique est immense, pourquoi les femmes peinent-elles à y trouver leur place ? Quels obstacles les freinent, et comment y remédier ?"


Sommaire de cet article

Le constat : des chiffres, des chiffres, des chiffres et un peu d'histoire pour bien comprendre le manque de femmes dans la tech

1.1 L'histoire des femmes dans la tech, ont-elles vraiment été correctement représentées un jour ?

Si vous êtes ici, il y a de très grandes chances que vous ayez déjà entendu parler d'Ada Lovelace première codeuse de l'histoire, des Hidden Figures, peut-être aussi d'Hedy Lamarr. Mais hormis ces quelques femmes bien connues, qu'en était-il de la place des femmes aux balbutiements de l'informatique ?

Depuis toujours, dans l'informatique comme dans d'autres secteurs, les femmes se sont vues voler et diminuer leur participation à des œuvres majeures. Un exemple parmi d'autres : Alan Turing était accompagné de Joyce Aylard et Joan Clarke, cryptologue, inscrite en tant que linguiste dans les registres faute de poste de cryptologue féminin senior... dommage.

Photo de service en uniforme de la vétérante Joyce Aylard qui a travaillé avec Turing

Pourtant, jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, les femmes sont majoritaires dans les métiers de programmation. Un secteur d'ailleurs perçu comme "soft" en raison de leur présence... qui héritera donc du nom de software. La France connaitra aussi son pic de femmes entre le milieu des années 70 et le milieu des années 80. A l'INSA de Rennes en 1980, on comptait 50% de femmes dans l'effectif informatique.

Même si aucune explication officielle n'a pu être donnée, le potentiel économique du secteur semble avoir attiré les hommes et poussé les femmes vers la sortie.

📖 Des ressources intéressantes pour aller plus loin

1.2 L'état de l'art : les chiffres sur la place des femmes dans le numérique aujourd'hui en France et dans le monde

Des chiffres pour bien comprendre l'état actuel et l'avenir de la place des femmes dans le monde de la tech :

  • Seules 15 % des étudiants en écoles d’informatique sont des femmes
  • 40% de femmes en spécialité maths, 14% en sciences informatiques et numériques, 13% en sciences de l’ingénieur et 17% en mathématiques, informatique et numérique
  • Pire, la proportion de femmes diplômées dans les filières STEM baisse de 6%.

Et si le nombre d'étudiantes reste si bas, voire décroit carrément, la raison est toute trouvée : → 1 étudiante sur 3 en STIM ou en numérique sont découragées de suivre ces études par leurs proches ou le corps enseignant

💡 TIP

Pour en savoir plus et agir dès le plus jeune âge, vous pouvez suivre les travaux de l'association Elles Bougent, les actions de Becom Tech et Ellestime, ou encore celles de Filles, Maths et Informatique.

campagne de com 2024 de l'association elles bougent représentant une jeune femme tenant la main d'un robot avec le texte 63% des étudiantes ingénieures ont peur de ne pas y arriver

Dans les organisations, la faible représentation des femmes se poursuit évidemment :

  • On compte entre 17 à 19% de femmes évoluant dans des équipes techniques selon les études,
    • 20 % d'ingénieures et cadres d’étude de R&D en informatique,
    • 16 % de techniciennes d’études et du développement en informatique,
    • 14 % de techniciennes en installation, maintenance, support et services aux utilisateur·rices en informatique
    • 11 % de femmes dans les métiers de la cybersécurité
    • 12% de chercheuses en IA mais 30% dans les métiers de la data et de l'IA

En 5 ans, le nombre de doctorantes dans la tech en France a baissé de 6%, alors qu’il a augmenté de 19% en Europe.

diagramme représentant la place des femmes dans la tech par pays, la France en 3ème position avec 23,4% tech et non tech (RH, market...) et l'UE à 20,1%.

Même si la situation reste inégale pour les femmes en Europe, d'autres pays parviennent à renverser la vapeur :

  • Le Sénégal est passé 10 à 29% d'étudiantes en informatique en dix ans
  • La Tunisie compte 55% de femmes chercheuses en filières scientifiques
  • En Malaisie, les femmes sont désormais majoritaires avec 60% des effectifs

Les causes du manque de parité : stéréotypes, biais, manque de roles modèles, autocensure, tout y passe

Les stéréotypes de genre à l'oeuvre pour des discriminations toujours plus puissantes

Que sont les stéréotypes de genre ?

Le Conseil de l'Europe les définit comme "des idées préconçues qui assignent arbitrairement aux femmes et aux hommes des rôles déterminés et bornés par leur sexe." Ces stéréotypes, intégrés par une très grande partie de la population, limite drastiquement le développement des filles, mais aussi des garçons.

Depuis la naissance (et même avant, pourquoi demander le sexe de son enfant à naître à l'échographie sinon pour projeter sur ce fœtus des stéréotypes de genre), chaque individu intègre, au travers de la sphère familiale, de la crèche, de l’école, des médias ou du numérique, des :

« signaux qui associent des traits de caractère, des compétences, des attitudes à un sexe plutôt qu’à un autre, façonnant ainsi notre perception des rôles et des places des hommes et des femmes dans la société » (Coste et al., 2008, p. 59).

De multiples acteur·rices et environnements (famille, école, milieu professionnel, cercles d’amis, etc.) participent à ce processus, connu sous le nom de socialisation de genre. Ces influences diverses engendrent une construction identitaire différenciée qui, dans le contexte scolaire, impacte directement les choix d’orientation et les parcours des filles et des garçons.

Vous savez les fameux « les garçons aiment la bagarre et les filles les poupées

photo partagée par pépite sexiste de 3 malettes de jeux en magasin "quand je serai grand je serai" : une orange pour les bricoleurs, une bleu pour les docteurs et une rose pour les maquilleuse

Dès le plus jeune âge, les enfants apprennent à se conformer aux normes de genre en vigueur dans la société, si bien qu’à leur entrée à l’école, ils ont déjà intégré les mécanismes du système de genre.

On ne dit pas que c’est uniquement la faute de l’école. C’est tout l’environnement de l’enfant et la société de manière générale qui lui fait intégrer ces normes de genre. Mais une fois arrivé·e à l’école… c’est le rouleau compresseur.

L’école, en plus de transmettre des savoirs, joue également un rôle dans l’apprentissage des rôles sexués, contribuant à façonner les filles et les garçons en futurs adultes alignés sur les représentations stéréotypées assignées par la société à chaque sexe.

L’école et les stéréotypes de genre

Concrètement, les enseignant·es et le corps éducatif peuvent, consciemment ou non, avoir des attentes différentes envers les filles et les garçons :

  • Moindre encouragement : Les enseignants tendent à encourager davantage les garçons en mathématiques et en sciences, considérées comme des disciplines masculines, tandis qu’ils valorisent davantage les filles dans des matières littéraires.

  • Différences dans les retours : Une étude (Dweck, Davidson, Nelson, et Enna (1978) reconfirmée par Tiedemann en 2000) montre que, face à une erreur, les enseignants expliquent souvent aux garçons que le problème est dû à un manque d’effort, alors qu’ils attribuent les erreurs des filles à un manque de capacité. Cela peut renforcer l’idée, chez les filles, qu’elles ne sont pas naturellement douées pour les maths.

  • Lors des choix d’orientation, les conseiller·es d’orientation peuvent, volontairement ou non, orienter les filles vers des filières perçues comme plus « féminines » (littéraire, social, soins) et les garçons vers des filières plus « prestigieuses » ou techniques.

    • Par exemple, une fille qui manifeste un intérêt pour les sciences peut être davantage dirigée vers des études en biologie ou en médecine, plutôt que vers l’ingénierie ou l’informatique.
    • Dans une étude de 2009 menée à l'université de Liège, Dominique Lafontaine et Christian Monseur s'interrogeaient "Les évaluations des performances en mathématiques sont-elles influencées par le sexe de l'élève ?". La conclusion était très claire "Les garçons performants ont tendance à être surévalués et les filles performantes sous-évaluées."

💡 TIP

Pour continuer sur ce sujet passionnant, voici quelques ressources sur le sujet :

Le manque de modèles féminins

Bien sûr, tout le monde connaît les grandes figures masculines de la tech : Steve Jobs, Bill Gates, Elon Musk… Mais les femmes ? Même lorsqu’elles marquent l’histoire, comme Susan Wojcicki ou Marissa Mayer, elles restent souvent dans l’ombre, invisibilisées par un environnement toxique où règnent des pratiques sexistes et une ambiance de boys club.

article de capital mettant en avant les hommes fondateurs des start-up francaises en 2017 et ne regroupant donc que des hommes blancs en chemise blanche avec la tour Eiffel en fond

Et pourtant, le problème commence bien avant qu’on découvre ces noms célèbres. Dès leur plus jeune âge, les enfants sont exposés à des modèles genrés qui excluent implicitement les femmes des sciences et de la technologie.

Prenons les manuels scolaires : on y voit les hommes en inventeurs, chercheurs ou ingénieurs, tandis que les rares femmes qui y figurent sont reléguées à des rôles "classiques" comme enseignantes ou infirmières. En cours de maths ou de sciences, les exemples choisis parlent souvent de sport, de voitures ou de mécanique – des références qui, historiquement, sont plus associées aux garçons.

Et à la maison ? Peu d’enfants ont une mère, une tante ou une proche travaillant dans la tech, l’informatique ou l’ingénierie. Sans les témoignages de ces figures accessibles, difficile pour une jeune femme de s’imaginer un avenir dans ces domaines (reproduction sociale).

Les modèles féminins, quand ils existent, semblent souvent hors de portée : des génies comme Marie Curie ou Ada Lovelace, certes inspirantes, mais si éloignées du quotidien qu’elles en deviennent presque irréelles. Quant aux femmes "normales", celles qui codent, innovent ou créent des solutions tech au quotidien, elles ne sont pas assez visibles.

Manque de connaissance des métiers

Dans sa brochure à destination des parents, l'association Filles et Maths pointe une autre cause du manque de femmes dans la tech : la méconnaissance des métiers du numérique (développeuses, cryptologue, architecte, designeuses...). Comment peut-on rêver de travailler dans un domaine qu'on ne connaît pas et dans lequel aucune personne de notre entourage n'évolue ?

Pour compliquer encore un peu la tache, comment présenter à des enfants des métiers qui n'existent pas encore ? Et comment casser l'image du geek à capuche tronche en math qui rêve en binaire ?

Isis Wenger à l'origine du hashtag #ILookLikeAnEngineer qui tient dans ses mains une feuille avec le message "I help build enterprise software et le #)

Effet d’autocensure et pression sociale

On l’entend souvent : si les femmes sont si peu nombreuses dans la tech, c’est en partie parce qu’elles s’autocensurent. Elles s’empêcheraient, de leur propre chef, de rejoindre les filières scientifiques ou les carrières dans le numérique.

Mais… si on suit ce raisonnement, ce serait la faute des filles et des femmes si elles ne sont pas dans la tech ? Oui, elles sont moins représentées, moins payées, et elles subissent régulièrement du sexisme, mais il suffirait qu’elles « s’accrochent » un peu plus, non ? Après tout, il y a bien des femmes qui s’épanouissent dans ce milieu.

C’est exactement ce que dénonce Isabelle Collet. L’idée de l’autocensure, souvent avancée comme une explication clé, a un effet pervers : elle fait porter la responsabilité de cette situation sur les femmes elles-mêmes, tout en minimisant l’impact des stéréotypes, des discriminations et du sexisme structurel.

Et d’ailleurs, posons la question différemment : pourquoi parle-t-on si facilement de l’autocensure des filles qui évitent les filières scientifiques, mais jamais de celle des garçons qui fuient les écoles d’esthétique ou les formations en petite enfance ?

Les conséquences d’une telle disparité dans les métiers du numérique

Une injustice sociale criante

On le sait et on attire d'ailleurs nombre de personnes en reconversion dans le domaine du numérique avec ces arguments :

les métiers du numérique sont bien payés, proposent des conditions de travail plutôt confortables (pas de 3/8 debout dans le froid) avec des possibilités d'évolution intéressantes et, cerise sur le gâteau sont recherchés.

Alors, est-ce juste d'exclure 50% de la population de l'accès à cet "eldorado" ?

Le maintien des inégalités salariales Moins de femmes dans des emplois bien rémunérés, c’est moins d’indépendance financière et un renforcement des inégalités structurelles. En accédant à de meilleurs salaires, les femmes assurent leur indépendance financière, mais ce n'est pas tout.

Le Haut Conseil à l'Égalité (HCE) parle de "confiscation" : ces métiers n’offrent pas seulement des salaires compétitifs, mais aussi une porte d’entrée vers des sphères de pouvoir, souvent inaccessibles aux femmes.

citation du HCE "Ce phénomène nourrit, à bas bruit, la fabrication d'outils numériques pensés et développés par des hommes, souvent au sein d'entreprises elles-mêmes fondées et dirigées par des hommes et dont le financement est assuré par des organismes financiers une nouvelle fois présidés par des hommes. En découle une triple confiscation, de la compétence, de la performance économique et donc du pouvoir, tout cela au profit de ceux qui ont mis la main sur le numérique et ses richesses : les hommes."

Et du côté de l’IA ? Pas mieux côté. Celle qui menace les emplois majoritairement occupés par des femmes - en 2023, une étude McKinsey estime que les femmes sont 1,5 fois plus susceptibles que les hommes de devoir changer de métier dans les années à venir - ne les intègrent pas plus. Seules 30 % des professionnels de l’IA seraient des femmes selon le World Economic Forum.

Une innovation biaisée et incomplète

Une étude de MIT Media Lab (Buolamwini et Gebru, 2018) a montré que les algorithmes de reconnaissance faciale sont nettement moins performants pour reconnaître les visages féminins et les personnes racisées. → Ces biais s’expliquent par le manque de diversité des équipes qui entraînent ces modèles.

Même exemple chez Amazon qui a dû abandonner un algorithme de recrutement après avoir découvert qu’il discriminait systématiquement les femmes. Pourquoi ? Parce qu’il avait été entraîné sur des données historiques où les hommes étaient surreprésentés dans les postes tech.

Alors certes, ce n'est pas parce que les équipes de développement deviennent paritaires que tous ces problèmes vont disparaitre du jour au lendemain. Mais les personnes concernées par ces discriminations ne sont-elles pas plus à même de les remarquer et de les corriger ? Avoir plus de femmes dans le secteur du jeux vidéo ne permettrait-il pas d'avoir des représentantes en interne pour dénoncer les contenus hyper-sexualisant les personnages féminins ou les réduisant à des rôles secondaires ?

La prétendue sur-performance des équipes diverses

Vous avez sûrement déjà entendu parler des études de McKinsey ou des recherches comme celles de Brian Uzzi et Benjamin Jones, qui affirment que les équipes diversifiées (en genre, mais aussi en origines) sont plus créatives, productives et performantes. Mais est-ce si simple ? Ce que disent les études :

  • Les travaux de McKinsey mettent en avant une meilleure performance financière des entreprises ayant une direction diversifiée.
  • Uzzi et Jones montrent que les équipes mixtes produisent des articles scientifiques mieux notés et plus largement cités.

Est-ce applicable aux équipes tech ? Ces résultats, bien que prometteurs, sont souvent critiqués pour leurs limites méthodologiques. Par exemple, une autre étude (Green et Hand) n’a pas trouvé de corrélation directe entre diversité et performance dans des contextes différents. Cependant, il n’existe aucune preuve qu’une équipe mixte performe moins bien. Et au-delà des chiffres, la diversité favorise un environnement de travail plus inclusif.

Une pénurie de talents que l’on pourrait combler

La tech manque cruellement de spécialistes. En Europe, on estime qu’il faudrait 1,6 million de professionnels supplémentaires pour répondre à la demande (EU Skills Panorama, 2021). Pourtant, on continue d’ignorer un vivier gigantesque : les femmes. Si seulement 17% des développeurs sont des femmes, c’est autant de potentiel inexploité.

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Un cercle vicieux qui décourage les futures générations

L’absence de femmes dans la tech n’est pas qu’une conséquence, c’est aussi une cause du problème. Quand les jeunes filles ne voient pas de rôles modèles dans le numérique, elles ne se projettent pas dans ces carrières. Et si les femmes sont absentes des technologies de demain, elles auront moins de poids dans leur conception.

🚨 Résultat ?

On continue de renforcer les stéréotypes selon lesquels la tech est un monde d’hommes.

Et pour celles qui restent et qui n'ont pas quitté la tech avant 35 ans (une femme sur deux donc), le sexisme continue de s'épanouir. -> Il semblerait qu'il faille 30% de femmes dans une équipe pour espérer voir les remarques misogynes et autres harcèlements d'une ambiance toxique diminuer.

Ce qu’il faut retenir

Moins de femmes dans la tech, c’est :

  • Des équipes moins inclusives et peut-être moins performantes,
  • Une pénurie de talents que l’on aurait pu éviter,
  • Des inégalités économiques et une injustice sociale qui s’aggravent,
  • Une innovation qui manque de diversité et d’équité.

La bonne nouvelle ? En changeant la donne, on a tout à y gagner. C’est un pari gagnant pour les entreprises, les femmes, et l’avenir de la tech.

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